Votre enfant s’assoit les fesses entre les talons ? Cette position peut avoir des conséquences sur son développement

Vous avez sûrement déjà vu votre enfant jouer au sol, les fesses posées confortablement entre ses talons, formant un W avec ses jambes. Dans nos salons réchauffés en cette fin d’hiver, alors que les enfants passent encore beaucoup de temps à l’intérieur, cette posture est fréquente. Si cette souplesse apparente peut sembler anodine, voire amusante, elle cache en réalité un piège biomécanique qu’il faut connaître pour protéger son développement moteur futur. Loin d’être une simple bizarrerie, cette façon de s’asseoir peut, à long terme, créer des déséquilibres musculaires subtils mais réels.

La position du W-sitting verrouille le bassin et prive la ceinture abdominale de tout effort

Un blocage articulaire qui empêche la rotation naturelle du tronc

Lorsque l’enfant adopte cette position, sa base de sustentation est extrêmement large. C’est pratique pour lui, certes, mais cela provoque un verrouillage complet du bassin. En temps normal, pour attraper un jouet situé sur sa droite ou sa gauche, un enfant doit engager une rotation du tronc. Cela lui apprend à dissocier le haut du bas de son corps et à croiser la ligne médiane, cette ligne imaginaire qui sépare le corps en deux.

Or, en position W, le bassin est fixé au sol de manière rigide. Pour saisir un objet latéral, l’enfant ne tournera pas son buste ; il se contentera de pencher tout son corps ou d’utiliser uniquement l’extension de son bras. À force de répétition, cela limite le développement de la coordination bilatérale, pourtant essentielle pour des activités futures aussi simples que la marche harmonieuse ou la course.

L’absence de sollicitation des muscles profonds nécessaires au maintien du dos

Le corps humain est bien fait : il lutte contre la gravité en sollicitant ses muscles posturaux. Mais le W-sitting est une triche anatomique. La base étant si large et si stable, l’enfant n’a aucun effort d’équilibre à fournir. Résultat ? La ceinture abdominale et les muscles du dos sont au repos complet.

C’est ici que le problème devient crucial. Ces muscles profonds sont ceux qui garantissent une bonne posture verticale. Si l’enfant passe ses heures de jeu dans cette position, il prive son tronc de l’entraînement nécessaire pour se renforcer. On se retrouve alors avec une colonne vertébrale qui manque de soutien actif, ce qui peut entraîner, plus tard, des douleurs dorsales ou une fatigue posturale chronique.

Cette posture est souvent le refuge d’un enfant qui manque de tonus musculaire

La recherche d’une stabilité passive grâce à la tension des ligaments

Pourquoi votre enfant choisit-il cette position ? Soyons clairs : c’est rarement par hasard. C’est souvent la solution de facilité trouvée par son corps pour ne pas fatiguer. Au lieu d’utiliser ses muscles pour se tenir droit, l’enfant se repose sur la tension de ses ligaments et la butée de ses articulations. C’est ce qu’on appelle la stabilité passive.

Les ligaments de la hanche sont mis sous tension maximale pour maintenir le fémur en rotation interne. Cela demande zéro calorie, zéro effort musculaire. Pour un enfant qui se sent un peu mou ou qui fatigue vite, c’est la position idéale pour jouer longtemps sans s’épuiser. Mais cette tension ligamentaire excessive, si elle est prolongée, peut fragiliser l’articulation de la hanche sur le long terme.

Un signe d’hypotonie qui doit alerter sur la forme physique globale

Une préférence systématique pour le W-sitting est souvent un marqueur d’hypotonie axiale, c’est-à-dire que les muscles du tronc manquent de tonus de base. L’enfant compense cette faiblesse par une base d’appui élargie.

Si vous observez que votre enfant présente ces signes :

  • S’assoit quasi exclusivement en W dès qu’il est au sol
  • A du mal à tenir assis en tailleur sans s’affaisser
  • Semble maladroit dans les jeux d’équilibre

Il est alors probable que son tonus musculaire ait besoin d’être stimulé par d’autres positions. C’est un signal que son corps envoie : son système postural ne trouve pas l’équilibre nécessaire et se verrouille au sol par compensation.

Adopter la position du tailleur dès maintenant permet de préserver les capacités d’écriture de demain

Le lien direct entre une sangle abdominale faible et les difficultés à écrire en classe

C’est peut-être le point le plus surprenant pour les parents : il existe un lien direct entre la posture au sol aujourd’hui et l’écriture de demain. Pour écrire, la main doit être agile. Mais pour que la main soit agile et précise, elle doit s’appuyer sur un bras stable. Ce bras dépend d’une épaule stable, qui elle-même dépend d’un tronc solide.

Si la ceinture abdominale a été affaiblie par des années de W-sitting, l’enfant, une fois assis sur sa chaise d’école, s’effondrera sur son bureau. Il utilisera son énergie pour essayer de ne pas tomber de sa chaise plutôt que pour former ses lettres. Une mauvaise stabilité du tronc entraîne toujours une mauvaise mobilité de la main.

Les alternatives ludiques à proposer : jambes en tailleur ou le long sitting

Inutile de transformer le salon en camp militaire en criant des corrections toutes les deux minutes. L’approche doit être bienveillante et éducative. Les professionnels du mouvement recommandent de rediriger systématiquement, mais doucement, l’enfant vers des postures plus physiologiques.

Deux alternatives sont particulièrement bénéfiques :

  • Le tailleur : Cette position favorise la rotation externe des hanches et oblige le dos à travailler pour ne pas rouler en arrière.
  • Le long sitting (jambes allongées devant soi) : Idéal pour étirer les ischio-jambiers tout en sollicitant les abdominaux pour rester droit.

Proposez-lui : « Oh, et si on allongeait les jambes comme des baguettes de pain ? » ou « Faisons la position du petit yogi en tailleur ». L’objectif est de varier les postures pour que le corps ne se fige pas dans un schéma unique et délétère.

Ce simple ajustement de posture aujourd’hui est un investissement pour garantir une motricité fine efficace et une scolarité sans douleurs posturales. En prenant l’habitude de corriger gentiment le W-sitting, vous offrez à votre enfant la chance de renforcer naturellement son corps pour relever les défis qui l’attendent, de la cour de récréation aux bancs de l’école.

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