Chaque rentrée apporte son lot de décisions à prendre pour les parents : vaccins de la petite enfance, rappels, campagnes saisonnières… et depuis quelques années, la question du Covid-19 s’est invitée dans cette liste déjà bien fournie. Avec l’automne qui installe son lot de nez qui coulent et de bronchiolites, j’avais pris rendez-vous chez la pédiatre avec une idée en tête : faire vacciner ma fille de 8 mois contre le Covid, histoire d’anticiper. J’étais convaincue que la vaccination pédiatrique s’était généralisée, un peu comme aux Etats-Unis où les autorités recommandent cette année la vaccination de tous les nourrissons de 6 à 23 mois sans contre-indication. Sauf qu’en France, les choses fonctionnent très différemment, et la pédiatre a pris le temps de m’expliquer pourquoi ma demande, pourtant bien intentionnée, ne correspondait pas aux critères en vigueur.

À retenir
  • En France, la vaccination contre le Covid-19 des 6 mois-4 ans n'est recommandée que pour les enfants à risque de forme grave (comorbidités comme obésité, diabète, trisomie 21, cancers) ou vivant avec une personne immunodéprimée
  • Depuis cette campagne, le Comirnaty 3 µg n'est plus commercialisé et laisse place au Comirnaty 10 µg pour les enfants éligibles de 6 mois à 4 ans, avec un délai minimal de 6 mois entre une infection ou injection précédente et une nouvelle dose
  • Pour les mineurs, l'accord des deux parents est obligatoire, avec présence d'un accompagnant muni du formulaire d'autorisation pour les plus jeunes, tandis que les 12-17 ans peuvent se faire vacciner sur la base du volontariat sans présence parentale obligatoire le jour J

Ma fille de 8 mois n’entrait pas dans les critères, voici ce que la pédiatre m’a expliqué

La pédiatre a commencé par remettre les pendules à l’heure, avec beaucoup de douceur mais sans détour : la vaccination contre le Covid-19 chez les nourrissons de 6 mois à 4 ans reste réservée aux enfants présentant un risque de forme grave, ou vivant auprès d’une personne immunodéprimée. Autrement dit, ce n’est pas une démarche ouverte à tous les bébés en bonne santé, même par précaution. Ma fille ne présente aucune des comorbidités listées, et personne dans notre foyer n’est immunodéprimé. Elle ne rentrait donc tout simplement pas dans le cadre fixé par la Haute Autorité de santé. J’avoue que j’ai été surprise, surtout en repensant à l’époque, fin 2022, où cette vaccination pédiatrique avait été ouverte dans un contexte de forte circulation épidémique, après l’extension d’indication du vaccin Pfizer par l’Agence européenne du médicament. A ce moment-là, les données de Santé Publique France montraient que les enfants de moins d’un an représentaient une large majorité des hospitalisations et des admissions en soins critiques chez les 0-17 ans, ce qui avait justifié cette ouverture. Mais la situation épidémiologique a évolué, et les recommandations se sont resserrées en conséquence. La pédiatre a résumé la règle en une phrase qui m’a semblé assez claire pour être retenue : la vaccination contre le Covid-19 est uniquement destinée aux enfants souffrant de comorbidités les exposant à un risque de forme grave, ou à ceux côtoyant régulièrement une personne immunodéprimée.

Ces maladies et situations qui ouvrent vraiment droit à la vaccination pédiatrique

Pour que je comprenne bien de quoi on parlait, la pédiatre m’a détaillé la liste des pathologies concernées. Il ne s’agit pas d’une poignée de maladies rares, mais d’un éventail assez large de situations qui augmentent le risque de forme grave chez les tout-petits. Voici les principales comorbidités qui ouvrent droit à la vaccination pédiatrique contre le Covid-19 :

  • Hypertension artérielle compliquée
  • Pathologies cardiaques ou vasculaires chroniques
  • Maladies hépatiques chroniques
  • Maladies rénales chroniques
  • Pathologies pulmonaires chroniques
  • Diabète
  • Obésité
  • Cancers en cours de traitement
  • Trisomie 21
  • Certains troubles psychiatriques

A cette liste s’ajoute un deuxième cas de figure, tout aussi important : les enfants qui vivent au quotidien avec une personne sévèrement immunodéprimée. L’idée derrière cette recommandation n’est pas tant de protéger l’enfant lui-même, qui développe rarement une forme grave en l’absence de comorbidité, mais de limiter la circulation du virus autour d’un adulte fragile qui, lui, répond mal à la vaccination et reste exposé via son entourage proche. C’est une logique de protection collective au sein du foyer, plus que de protection individuelle de l’enfant. La pédiatre a insisté sur le fait que ces critères ne sont pas figés arbitrairement : ils reposent sur les recommandations de la Haute Autorité de santé et du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, qui réévaluent régulièrement la balance bénéfice-risque pour cette tranche d’âge si particulière.

Comment se déroule la vaccination quand un enfant est éligible

Puisque ma fille n’était pas concernée, j’ai quand même demandé à la pédiatre comment les choses se passent concrètement pour les familles dont l’enfant répond aux critères. Premier point notable : la formulation pédiatrique Comirnaty 3 microgrammes, utilisée depuis fin 2022 pour les 6 mois-4 ans, n’est plus commercialisée à partir de cette campagne. Elle laisse place au vaccin Comirnaty 10 microgrammes, désormais intégré par la Haute Autorité de santé dans la stratégie vaccinale pour les enfants à risque ou proches d’une personne immunodéprimée dans cette tranche d’âge. Pour les enfants déjà infectés par le SARS-CoV-2, une seule dose de ce nouveau vaccin est désormais recommandée, ce qui simplifie un peu le protocole par rapport aux schémas précédents. Pour la campagne en cours, deux vaccins à ARN messager sont d’ailleurs prévus pour les enfants de 6 mois à 11 ans inclus, afin de couvrir l’ensemble de cette population éligible. Voici un tableau récapitulatif pour s’y retrouver plus facilement :

VaccinDosageTranche d’âge concernée
Comirnaty 10 µg10 microgrammes6 mois à 4 ans (enfants à risque ou proches d’une personne immunodéprimée)
Comirnaty XFG 10 µg10 microgrammes6 mois à 11 ans inclus
Spikevax XFG 25 µg25 microgrammes6 mois à 11 ans inclus

Côté délais, la règle à retenir est simple : il faut respecter au moins 6 mois entre une infection ou une injection précédente et une nouvelle dose, sauf exceptions prévues pour les personnes immunodéprimées, qui peuvent suivre un calendrier adapté à leur situation. Pour les aspects pratiques, la vaccination peut être réalisée par différents professionnels de santé selon l’âge de l’enfant, qu’il s’agisse de médecins, de sages-femmes ou d’infirmiers, avec des conditions spécifiques si cela se fait en pharmacie. Pour les mineurs, l’accord des deux parents ou titulaires de l’autorité parentale est indispensable, et un accompagnant muni du formulaire d’autorisation parentale doit être présent le jour de l’injection. Les adolescents de 12 à 17 ans peuvent se faire vacciner sur la base du volontariat, toujours avec l’accord des deux parents, même si la présence physique d’un parent n’est pas obligatoire ce jour-là, à condition que le formulaire signé soit bien fourni. Petit détail pratique à ne pas oublier : même un mineur de plus de 16 ans disposant de sa propre carte Vitale doit présenter celle de l’un de ses parents lors du rendez-vous.

Je suis repartie de cette consultation avec une vision beaucoup plus claire du sujet, et surtout sans ce sentiment un peu flou de culpabilité qui accompagne souvent les décisions de santé pour nos enfants. Ce que je retiens, c’est que l’absence de vaccination pour ma fille n’est pas une négligence de ma part, mais simplement le reflet d’une stratégie vaccinale pensée pour cibler les enfants réellement exposés à un risque de forme grave, ou ceux qui vivent aux côtés d’un proche immunodéprimé. Pour les parents dans la même situation que moi, mon conseil serait de ne pas hésiter à poser la question directement au pédiatre ou au médecin traitant, plutôt que de se fier à des informations entendues ici ou là, qui mélangent parfois les recommandations françaises et celles d’autres pays comme les Etats-Unis, où l’approche est plus large. Et si jamais un enfant présente l’une des comorbidités listées, ou vit avec une personne fragile sur le plan immunitaire, cette discussion vaut vraiment la peine d’être engagée avec son médecin traitant.