Quatre-vingt-huit pour cent des parents se disent aujourd’hui à l’aise avec les outils numériques, un chiffre qui aurait fait sourire nos propres parents il y a vingt ans. Alors quand ma mère a téléchargé une application de mangas pour suivre les délires de sa petite-fille de 16 ans, j’ai d’abord cru à une lubie passagère, une énième tentative de rester dans le coup. Six mois plus tard, elles échangent des recommandations de lecture chaque semaine, commentent les derniers scans parus et je comprends enfin ce qui se joue derrière cet intérêt soudain : une manière bien pensée de rester présente, sans jamais renoncer à son rôle de grand-mère.
- 88% des parents se disent aujourd'hui à l'aise avec les outils numériques, contre une génération très différente vingt ans plus tôt.
- Des ateliers numériques familiaux (comme en Bretagne) et le dispositif Pix Parentalité numérique visent à réunir plusieurs générations autour d'un usage éclairé des écrans.
- Le guide de parentalité numérique de l'Éducation nationale rappelle l'existence du 3018, numéro national contre le harcèlement et les violences numériques touchant les jeunes.
Quand grand-mère troque le tricot pour WhatsApp et les scans de mangas
L’image du papi dans son fauteuil ou de la mamie aux fourneaux appartient de plus en plus au passé. Les grands-parents d’aujourd’hui deviennent souvent grands-parents après 50 ans, en pleine activité professionnelle, connectés et habitués aux messageries instantanées. Chez nous, cela s’est traduit très concrètement : ma mère a d’abord adopté WhatsApp pour garder le contact avec ses petits-enfants éloignés, puis s’est intéressée de plus près à ce que regardait ma fille sur son téléphone. Ce cheminement n’a rien d’isolé. Une communauté de communes bretonne propose désormais des ateliers numériques conçus spécifiquement pour réunir parents et grands-parents autour d’un usage éclairé des outils numériques en famille. On y aborde aussi bien les médias que l’intelligence artificielle, le temps d’écran ou les réseaux sociaux, avec l’appui d’une conseillère numérique et de partenaires associatifs jeunesse. Le dispositif Pix Parentalité numérique, développé depuis la rentrée 2024, va dans le même sens : donner aux familles, toutes générations confondues, des repères concrets face aux écrans plutôt que de les subir.
Parler la langue de ses petits-enfants, un pont plus solide que l’autorité
Ce qui frappe dans cette histoire de mangas partagés, c’est que ma mère n’a jamais cherché à imposer quoi que ce soit à ma fille. Elle s’est plutôt intéressée sincèrement à ce qui la passionnait, quitte à découvrir un univers qu’elle ne connaissait pas six mois plus tôt. Un article suisse publié début septembre invitait justement les grands-parents à s’intéresser aux codes numériques de leurs petits-enfants pour devenir de véritables alliés, plutôt que des figures d’autorité déconnectées de leur quotidien. Cette logique rejoint les réflexions menées autour d’une nouvelle charte Parents-École, prévue pour la rentrée dans le cadre des Territoires Numériques Éducatifs, qui insiste sur le dialogue entre toutes les générations d’une même famille. Les acteurs de l’éducation au numérique le rappellent régulièrement : c’est ce dialogue intergénérationnel, entre parents, grands-parents et enfants, qui permet de poser un cadre de confiance solide autour des écrans, bien plus efficace qu’une interdiction brute.
Voici, à mon sens, ce qui distingue le grand-parent d’hier de celui d’aujourd’hui :
| Critère | Grand-parent traditionnel | Nouveau grand-parent connecté |
|---|---|---|
| Rapport aux outils numériques | Mise à distance, méfiance | Curiosité, appropriation progressive |
| Mode de contact | Téléphone fixe, visites planifiées | WhatsApp, messages réguliers |
| Rôle vis-à-vis des centres d’intérêt | Transmission de ses propres passions | Découverte des passions du petit-enfant |
| Posture éducative | Autorité, principes fixes | Complicité, écoute, souplesse |
Entre complicité numérique et vigilance discrète, l’équilibre que ma mère a trouvé
Attention toutefois à ne pas confondre complicité et laisser-faire. Le même baromètre qui souligne l’aisance numérique croissante des parents rappelle aussi que près des deux tiers d’entre eux utilisent encore les écrans comme récompense après un effort de l’enfant, un réflexe qui mérite d’être questionné en famille, grands-parents compris. Ma mère, justement, ne se contente pas d’échanger des titres de mangas avec ma fille : elle reste attentive, pose des questions sur les contenus consultés, glisse discrètement des conseils de prudence sur les réseaux sociaux sans jamais donner l’impression de surveiller. C’est cet équilibre entre proximité et vigilance que recherchent aujourd’hui de nombreuses familles, un point d’ailleurs largement discuté lors de rencontres organisées récemment entre professionnels du médical, du social et de l’éducatif autour de l’omniprésence des écrans dans les liens familiaux. Il existe aussi des repères concrets à connaître, y compris pour les grands-parents impliqués au quotidien :
- Le guide officiel de parentalité numérique édité par l’Éducation nationale rappelle l’existence du 3018, le numéro national contre le harcèlement et les violences numériques touchant les jeunes.
- Un colloque est prévu prochainement pour explorer de nouvelles formes d’accompagnement à la parentalité face aux usages numériques, avec des travaux en psychologie du développement.
- Les ateliers numériques familiaux, comme ceux proposés en Bretagne, permettent d’aborder ensemble, parents et grands-parents, les mêmes questions plutôt que de les traiter chacun de son côté.
En cet automne où les habitudes de rentrée se réinstallent doucement, ce genre d’initiatives rappelle qu’il n’existe pas de bonne distance figée entre un grand-parent et son petit-enfant, mais plutôt un ajustement permanent, fait de curiosité et d’écoute.
Ce que révèle cette histoire de mangas partagés, c’est une évidence trop souvent oubliée : nos parents ne cherchent pas à rajeunir, ils cherchent simplement à rester présents, avec les outils de notre époque. La nouvelle génération de grands-parents ne se contente plus d’observer de loin la vie numérique de leurs petits-enfants : elle s’y implique, avec ses propres codes et sa propre sensibilité, pour continuer à jouer pleinement son rôle. Et si, finalement, la meilleure façon de transmettre restait de commencer par apprendre à écouter ce qui passionne la génération suivante ?


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